La Fontaine Chaude de Dax

Dax est une ville réputée dans la France entière pour ses cures thermales, et chaque année de nombreux curistes accourent pour profiter des bienfaits de son eau.

Au coeur de la ville se dresse l’imposante Fontaine Chaude, symbole de la ville bien connu des Landais. Elle est aussi appelée Source de la Nèhe, en référence à une divinité celte des eaux, une déesse protectrice tutélaire de la cité.
La fontaine actuelle a été construite au XIXème siècle sous Louis XVIII, et entoure le bassin d’eau chaude, à l’emplacement supposé et des anciens thermes romains.

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Et puisque nous parlons des romains, une légende tenace nous raconte que c’est à eux, et plus précisément à l’un de leurs chiens, que nous devons la découverte de cette source et de ses bienfaits.

Voici comment le Dr Jean Peyresblanques nous a rapporté cette histoire :

« Les soldats de César étaient là. Les Tarbelles étaient revenus dans leur ville si humide que les Romains, par dérision, l’appellaient Aqua Tarbellica.  Ils y avaient installé une garnison dont le chien d’un centurion était la mascotte. C’était un de ces braves chiens gaulois, ni très grand ni très gros, au poil hirsute et à l’œil brillant d’intelligence, de qui descendent nos bons chiens de berger. Il était assez âgé et perclus de rhumatisme, passant son temps à chauffer au soleil de l’été ses membres raides.

Une révolte éclata soudain dans les sauvages montagnes ibériques, et deux centuries durent partir. Notre centurion était de ceux-là et, navré de voir son chien abandonné, infirme, il résolut, la mort dans l’âme, de la noyer dans l’Adour. Puis il partit.

L’hiver passé en rude campagne, la légion aux rangs éclaircis revint dans sa région, Tarbelle, bien lasse et décimée. Notre centurion y était toujours, passé même commandant de la colonne. Approchant de leur camp, les soldats pressaient leurs pas pesants, joyeux malgré leur fatigue. Lui, songeait à son chien, pensant qu’avec son flair ils auraient pu éviter bien des déboires. Soudain, un aboiement retentit à l’entrée du camp, une boule noire bondit vers lui et, avant d’avoir pu esquisser un geste de défense, il se sentit léché, bousculé, dans une tornade de jappements joyeux et de sauts qui affolaient sa monture. Il sauta de cheval et, n’en croyant pas ses yeux, devant ses soldats ébahis, il se mit à appeler son chien qui se roulait à ses pieds.

Mais comment son chien, âgé et quasi paralytique, était-il là, le poil soyeux, l’œil vif, le jarret nerveux ? Des gardes interrogés n’en savaient rien. Le chien était revenu, allait, venait, on le nourrissait, mais qui ?

Le centurion voulut élucider ce mystère et pista son chien. Il le vit tous les jours, de bon matin, se diriger vers les marais fumants qui séparaient la ville de l’Adour et s’y perdre. Il revenait quelques heures après. N’y tenant plus, un jour il le suivit et s’aperçut que sa bête allait s’allonger dans les boues chaudes qui entouraient une source thermale. Notre officier, meurtri par sa campagne, fit l’expérience de son chien, puis les soldats qui souffraient eux aussi. Bref, notre légion fut remise sur pied.

Rentré à Rome, l’histoire du chien mascotte, guéri par les boues et guérissant son maître, fut bientôt connue de tous. Les ordres furent donnés et une belle ville romaine fut construite, centrée autour de cette fontaine d’eau chaude, avec des bains mais aussi des bains de boue. Leur vertu curative fit vite ses preuves et lorsque Julie, fille de l’empereur Auguste, ressentit un jour des douleurs, c’est à Dax qu’elle vint chercher soulagement à ses maux. Le voyage de Rome, véritable expédition pour l’époque, fut justifié par le résultat, et en remerciement, elle donna son nom à la cité qui devint Aquae Augustae.
Seulement c’était il y a longtemps et les Gascons sont gens pratiques, de contraction en contraction, au Moyen-Âge c’était Acqs, et aujourd’hui Dax. Mais on n’a jamais oublié les bonnes leçons du chien du centurion. La fontaine d’eau chaude est toujours là, et les bains de boue amènent toujours le soulagement des rhumatismes. »

Cette histoire fait partie des légendes landaises les plus connues, et peut-être êtes-vous nombreux à l’avoir déjà lue ou entendue ! On peut difficilement se renseigner sur l’histoire de cette fontaine sans en entendre parler…

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Comme pour toute légende, il est difficile de démêler le vrai du faux dans cette histoire. La ville a bien été renommée Aquae Augustae, mais l’on dit aussi que ce fut grâce à la venue de l’empereur Auguste lui-même, qui y aurait séjourné en l’an 25 ou 26.
De plus, il semble que cette source était en réalité connue et vénérée avant même l’occupation romaine, par les populations locales qui vivaient près de ces marais. Mais c’est lorsque la cité romaine s’est développée autour de cette source que cette eau et la ville même ont gagné en notoriété.

Quand au fameux chien du centurion, qui peut dire s’il a réellement existé ? Mais pas besoin de cette certitude pour attirer la sympathie des dacquois, et la ville a même érigé une statue du légionnaire et de son fidèle chien, rendant ainsi hommage à cette jolie histoire que l’on n’est pas prêt d’oublier…

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Les pierres de la fée

Un peu partout dans le département des Landes se dressent des pierres antiques, témoins des civilisations qui nous ont précédés ; ce sont des vestiges d’anciens tombeaux, des menhirs ou encore d’anciennes bornes militaires romaines, les explications officielles varient de l’une à l’autre… La présence de ces pierres qui ont traversé les siècles était pour nos aïeuls une énigme que l’on a tenté d’expliquer à l’aide d’une légende qui s’est propagée dans toute la région : celle des « pierres de la fée », ou « pierres de la sorcière ».

Il existe différentes versions de cette légende, et voici ce que dit l’une d’entre elles :

Des fées avaient décidé de construire un pont à Dax, avec des pierres assez grosses et solides pour résister aux crues de l’Adour. L’une d’elles, tout fière, en rapportait une si énorme et robuste qu’elle espérait rendre vertes de jalousie ses amies fées ; aucune d’entre elles n’en ramènerait d’aussi grosses ! Mais en chemin, elle fut arrêtée par un personnage inconnu qui lui demanda où elle se rendait ainsi. Agacée d’être importunée par cet étranger, elle répondit sèchement qu’elle se rendait à Dax pour construire le pont.
« Dites donc, s’il plait à Dieu ! lui répondit l’homme.
– Plaise ou ne plaise pas, la pierre géante ira à Dax ! s’écria l’insolente.
– Eh bien pose la pierre ici, et qu’elle y reste ! »
Saisie par une force supérieure, la fée laissa tomber la pierre au sol et fut incapable de la soulever de nouveau ; la pierre semblait faire corps avec la terre. La fée comprit alors que c’était le Bon Dieu qu’elle avait rencontré, et qu’il avait décidé de lui donner une leçon d’humilité. L’immense pierre resta donc vissée au sol, et la fée dut repartir les mains vides, et furieuse.

A Peyrehorade, cette histoire se termine de manière bien spécifique : la fée était si folle de rage de ne pouvoir la soulever qu’elle troua la pierre de sa quenouille, si bien que le village qui se trouvait à côté prit le nom de « pierre trouée », ou Peyrehorade.

Une même version de la légende se déroule à Sainte-Colombe près d’Hagetmau, ainsi qu’à Sarron, petite commune de l’extrême Sud-Est du département. Seul un petit détail change dans ce dernier cas : ce n’est plus une fée qui porte cette pierre à Dax, mais le Diable en personne, car il avait entrepris de lui-même de construire le pont (bien étrange que le Diable s’atèle à cette tâche qui pourrait s’avérer utile pour les hommes, mais l’histoire ne fournit pas d’explication quant à sa décision…). Plantée là par Dieu, furieux que le Diable ne lui ait pas demandé son avis, cette pierre-là porte donc logiquement le nom de « pierre du Diable », à la différence de toutes les autres.

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source

A Pouillon et à Labrit, le récit prend une autre tournure et devient « la pierre de la sorcière ». La figure de la fée et celle de la sorcière se confondent souvent, et on le voit tout particulièrement dans la légende de la pierre de Montpeyroux, à Pouillon.

Cette histoire-là raconte que la sorcière de Mondron avait volé une énorme pierre de la cathédrale de Dax et était en chemin pour l’offrir à son maître Satan, lorsqu’elle fut arrêtée par un homme qui lui ordonna de remettre la pierre à sa place. C’était le Bon Dieu, vous l’avez compris, et devant son refus, il s’empara de la grosse pierre qui se ficha dans le sol pour toujours. Furieuse, la sorcière tenta désespérément de s’agripper à son bien, laissant dans la pierre les traces bien visibles de ses doigts crochus.

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Vous le voyez, les deux légendes sont très proches l’une de l’autre, mais dans cette dernière version, il n’est plus question du pont mais de la cathédrale, édifice religieux qui justifie un peu plus l’intervention de Dieu. Et surtout, le personnage de la fée a été diabolisé pour devenir une sorcière se rendant au Sabbat. La confusion entre la fée et la sorcière s’épaissit un peu plus encore lorsque l’on sait que cette pierre de Montpeyroux est aussi parfois appelée la « peyre de la Hade », la pierre de la fée, mais pour une raison totalement différente : on dit que les fées venaient filer le lin sur de grosses pierres comme celle-ci en guise de quenouille.

A Labrit enfin, dans la Haute Lande, cette légende semble s’être mêlée à celle justifiant la présence de l’Oeil du Grué, ou l’Oeil du Diable, petite mare à la surface noire et figée qui a la réputation d’être maudite. Il ne semble pas y avoir la moindre trace d’une pierre antique par ici, mais la légende autour de cet endroit inquiétant est pourtant similaire : ce trou noir dans le sol aurait été créé par Satan qui, fou de rage à l’idée que Dieu ait piégé sa sorcière et lui ait volé la pierre de la cathédrale de Dax, aurait frappé le sol de toute la force de son poing. Cette mare est donc l’empreinte de la main du Diable, figée à tout jamais dans le sol de la Haute Lande. Plein de rancœur envers Dieu et les Hommes, il lança une malédiction sur ce lieu, qui engloutit depuis tous les imprudents qui osent s’y aventurer, humains comme animaux, dont on peut entendre les plaintes étouffées au fond de l’eau pendant la nuit de Noël.

Ces pierres de la fée, du Diable ou de la sorcière, sont la preuve qu’en matière de légende, rien n’est jamais figé. D’un thème commun et immuable, les versions s’entrecroisent, les récits se modifient, évoluent, on y ajoute ou retire des éléments, en fonctions des différents lieux, époques, et des différents événements auxquels l’on souhaite fournir une explication.
Cette légende s’est ainsi propagée dans toutes les Landes, prenant au passage différentes facettes, afin d’expliquer la présence de ces mystérieuses grandes pierres, posées là par ce qui semblait être une force supérieure, et rappelant aux populations que, partout dans la lande, Dieux et Diables ne sont jamais loin.