Les loups-garous

Aujourd’hui je vais vous parler de cette créature maléfique et redoutable qui courait autrefois à travers la lande et qui terrorisait la population : le loup-garou.

A l’époque où l’on pourchassait les sorcières et où on les faisait brûler sur un bûcher, les loups-garous étaient également considérés comme des serviteurs du Diable, des créatures aux pouvoirs diaboliques qu’il fallait traquer et punir, au même titre que les sorcières. On croyait que ces loups monstrueux étaient en réalité des sorciers qui avaient le pouvoir de se transformer en bête sanguinaire une fois la nuit tombée, afin de goûter à l’ivresse et à la puissance animale, et perpétrer des massacres.

La-Bete-de-Changy

Dans les Landes, on racontait que pour acquérir ce pouvoir, un sorcier devait se procurer la pèth, une peau de loup offerte par le Diable. Pour cela, il devait se rendre à la croisée de quatre chemins à minuit, et y étendre un drap, qui se transformerait en peau de loup une fois l’aube revenue. Pour un sorcier, cette peau était une bénédiction, une source de pouvoir supplémentaire qui lui donnait puissance et force, et lui permettait de goûter au sang humain.
Malheureusement, il pouvait arriver qu’un honnête homme se retrouve bien malgré lui en possession de cette peau… En effet, si un homme marchait par mégarde sur ce drap étendu en pleine nuit, c’est lui qui se retrouvait en sa possession, et qui était alors frappé de cette terrible malédiction ; chaque nuit il devait devenir loup-garou, et chaque matin se réveiller les mains pleines de sang, et sans aucun souvenir de ce qui s’était déroulé au cours de la nuit.

Le plus connu de ces sorciers loups-garous est probablement le baron de Seignosse, Eric, donc je vous racontais l’histoire dans La légende de l’Étang Noir. Mais bien d’autres histoires de loups-garous existent dans les Landes, qui bien souvent ne prennent pas la forme de vieilles légendes que l’on se racontait au coin du feu pour se faire peur, ou pour donner une explication au nom d’un lieu comme c’est le cas pour l’étang noir. Souvent ces histoires de loups-garous étaient racontés comme des faits réels, des histoires avérées qui se seraient déroulées dans un village voisin.

Dans le village de Commensacq par exemple, dans les hautes landes, il y avait un certain Bertrand que l’on disait loup-garou. Tout le monde le savait, et tout le monde savait aussi qu’il cachait sa peau de loup dans un vieux chêne à la sortie du village. Quand Bertrand se levait tard le matin et était en retard à son travail, on disait « Ah, Bertrand a dû courir toute la nuit ! ». Mais un jour, on ne le voyait jamais sortir de sa maison. Alors on décida d’aller l’y chercher et on le trouva dans son lit, tout sanglant et à demi-mort. Il avait les jambes criblées de plomb. Quelqu’un avait dû lui tirer dessus alors qu’il avait sa forme de loup, et il était venu se réfugier dans son lit pour mourir.

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Mais parfois, quand un loup-garou faisait trop de dégâts, on cherchait à le démasquer, à révéler son identité, plutôt que le tuer directement. Félix Arnaudin nous a rapporté l’une de ces histoire :

       Un loup-garou courait chaque nuit dans un même quartier, et tous les soirs on l’entendait qui léchait le fond de l’auge près d’une maison. On accusait un dénommé Martignolles d’être ce loup-garou. Le maître de la maison guettait ce chien, et il avait un gendre qui habitait chez eux. Un jour il lui dit :

– Ce soir, il nous fait attraper le loup-garou. Tu vas placer l’auge là, derrière le trou à paître, et tu te caches. Quand le chien sera devant l’auge, ferme vite la porte de l’étable.

Tout se passa fort bien. Aussitôt le chien enfermé, le beau-père arriva, portant une grande chandelle de résine.

– Ah ! Fils de garce de Martignolles, je t’ai attrapé à la fin ! Je t’ai attrapé ! Tiens, je vais te faire cuire un peu ! »

Et, avec la chandelle de résine, il lui brûla toutes les babines. Le chien avait le museau tout plein de cloques, c’était affreux à voir ; et il poussait de tels hurlements que le maître dit à son gendre :

– Lâche-le maintenant, et laisse-le aller. Il souffle si fort que j’ai peur qu’il nous démolisse la maison !

Le lendemain, après manger, ils partent tous deux en direction de l’auberge que tenait le dénommé Martignolles.

– Bonjour, dirent-ils à la patronne. Où est donc le maître ?
– Oh ! dit-elle d’une voix toute douce. Il est allé garder les brebis. Il est malade, tiens !
– Ah, il est malade !
– Oh oui ! Les brebis se sont prises dans les broussailles, et lui, en allant les retirer, il s’est égratigné tout le visage.

Juste à ce moment, l’homme arrivait. Son visage était en effet tout boursouflé.

– Les brebis se sont mises dans les ronces… En allant les sortir de là, je me suis égratigné les joues.

Puis en observant le beau-père qui se tenait là, il dit :

– Tu est un méchant homme … Toi et ceux de chez toi… Je ne vous aime pas.
– Et quand m’as-tu trouvé méchant, moi, pauvre homme ? dit l’autre.
– Tu es un méchant homme, je ne t’aime pas, je ne t’aime pas, je ne t’aime pas !

Alors après ça, vous pensez…

-Je vous avais dit qu’il était loup-garou. Je lui ai brûlé les babines. Ai-je menti ?

Et tout le monde dut bien reconnaître que ce Martignolles était bien un loup-garou pourri.

Illustration LoupIllustration, Journal et choses de la Grande Lande, Félix Arnaudin

La peur du loup-garou a longtemps imprégné la population, et cela s’explique par la forte présence du loup, ce prédateur redouté et diabolisé, qui peuplait les Landes autrefois. Cet animal, malgré le fait qu’il n’attaquait quasiment jamais les humains, terrifiait les hommes depuis des siècles déjà, et avait une réputation de monstre sanguinaire et cruel, de dévoreur d’enfants. Cette image lui a tant collé à la peau que lorsque la peur du Diable et de ses serviteurs s’est répandue dans les campagnes, on y a associé cet animal que l’on redoutait tant. On en a fini par croire que certains de ces loups étaient des sorciers déguisés, à tel point qu’il est parfois arrivé qu’un loup soit capturé vivant, jugé et brûlé…

Le loup a tellement souffert de cette mauvaise réputation qu’il a fini par être complètement exterminé, effacé du paysage français. Depuis quelques années, le loup fait doucement réapparition du côté des Alpes françaises, et sa présence sur le territoire fait encore polémique aujourd’hui, malgré le fait qu’il soit classé parmi les espèces protégées et en danger…

La trêve de Noël des loups de la Lande

Autrefois, les loups étaient nombreux dans les Landes, et comme partout ailleurs, ils suscitaient une grande peur. Cet animal était redouté au point qu’il fut rapidement désigné comme créature diabolique, serviteur de Satan et ami des sorcières. Il existe pourtant un conte landais dans lequel les loups et les hommes firent la paix, ne serait-ce que pour une nuit…

Je me permets de retranscrire mot pour mot ce petit conte tel que Jean Peyresblanques l’a noté dans ses Contes et Légendes des Landes, et tel que je l’ai découvert dans un autre livre, Les mythes et légendes du loup de Roger Maudhuy. Il est écrit de manière concise et efficace, et l’on ne saurait faire mieux…

« Dans la grande Lande, à Saint-Jean-de-Bouricos, il y a très longtemps, le vieux curé, le soir de Noël, revenait de voir un mourant. Il se hâtait. Tout était couvert de neige. Les pins se dressaient, noires sentinelles, en lisière de la lande. Il savait que les loups étaient descendus, car son fidèle sacristain, chasseur impénitent, lui avait dit :
« Vous ne risquez rien, Monsieur le curé, j’ai mis un piège avec un appât. »

Il avançait rapidement, lorsqu’il entendit de petits gémissements. Guidé par eux, il arriva en limite des broussailles et des pins. Il vit un grand loup gris pris au piège. C’était une louve immense, avec deux petits louveteaux à ses côtés qui gémissaient.
« Pauvre bête ! s’écria le prêtre, ne bouge pas ! » Et posant les saintes huiles sans aucune crainte, il ouvrit le piège et sortit la patte de la louve. Celle-ci n’avait pas bougé, le surveillant de ses yeux jaunes. Le curé regarda la patte abîmée, ajoutant : « Ne bouge pas, je reviens te soigner. »
Lorsqu’il revint, la bête était toujours là, léchant sa patte brisée. Consolidant cette dernière avec des planchettes et de la charpie, le brave homme finit son travail sans peur, la louve se leva alors difficilement sur trois pattes et lécha les mains qui l’avaient soignée.
« Ecoute, lui dit-il. C’est aujourd’hui Noël, c’est la grande fête de la Nativité. Tu vas me promettre, cette nuit-là, de ne toucher ni aux gens ni aux bêtes, tu entends… »
Et dans les yeux de la louve, il vit une lueur de reconnaissance.
A la messe de minuit, à mi-cérémonie, on entendit un long hurlement : les loups. Toute l’assemblée était terrorisée. « N’ayez pas peur ! dit le pasteur, et il marcha vers la porte de l’église qu’il ouvrit toute grande, une meute de loups était là avec la louve à sa tête. Le prêtre, nullement impressionné, la bénit.
« C’est Noël pour tout le monde, allez ! loups, et tenez votre promesse. »
Un long hurlement retentit et tous les loups disparurent, la louve en dernier, qui vint lécher la main du prêtre. Tous furent rassurés…
Depuis lors, le soir de Noël, les loups ne chassent pas. Même si tu entends dans la nuit ou pendant la messe des hurlements de loup, il ne faut pas avoir peur. C’est la trêve de Noël des loups de la lande. »

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Aujourd’hui les loups ont disparu dans les Landes, mais la petite église romane de Bouricos où se déroule cette histoire existe toujours. Située un peu en-dehors de la commune de Pontenx-les-Forges, elle se dresse au milieu d’un airial paisible dans lequel on trouve aussi quelques vieilles maisons qui accueillent les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle.

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Bouricos est très réputé pour la foire qui se tient depuis des siècles chaque année le 24 juin, à la Saint-Jean. Car en plus de la chapelle qui a inspiré ce joli conte, on trouve à Bouricos une fontaine dite miraculeuse, fréquentée depuis la nuit des temps pour ses vertus guérisseuses sur les problèmes de peaux, les rhumatismes et autres problèmes d’articulation. Cette fontaine de Saint-Jean-Baptiste est donc vénérée tous les 24 juin ; après la messe, les visiteurs vont en procession à la fontaine, l’eau et la foule y sont bénites, et chacun boit ou puise dans le puits de la fontaine. D’après la légende, Saint-Jean-Baptiste lui-même aurait fait halte en ce lieu lors d’un pèlerinage et aurait utilisé cette eau pour calmer ses membres endoloris par la marche.

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Cette source n’est qu’un exemple parmi d’autres, car il existe un très grand nombre de fontaines miraculeuses dans les Landes. On en trouve plus de 200, et si elles ne sont pas toutes aujourd’hui aussi fréquentées qu’autrefois, une trentaine d’entre elles sont encore vénérées par des cérémonies religieuses comme celle-ci. C’est là encore un vaste sujet, sur lequel nous reviendrons, car il est certain que l’on croisera de nouveau un certain nombre de ces sources guérisseuses au fil de nos recherches …