La trêve de Noël des loups de la Lande

Autrefois, les loups étaient nombreux dans les Landes, et comme partout ailleurs, ils suscitaient une grande peur. Cet animal était redouté au point qu’il fut rapidement désigné comme créature diabolique, serviteur de Satan et ami des sorcières. Il existe pourtant un conte landais dans lequel les loups et les hommes firent la paix, ne serait-ce que pour une nuit…

Je me permets de retranscrire mot pour mot ce petit conte tel que Jean Peyresblanques l’a noté dans ses Contes et Légendes des Landes, et tel que je l’ai découvert dans un autre livre, Les mythes et légendes du loup de Roger Maudhuy. Il est écrit de manière concise et efficace, et l’on ne saurait faire mieux…

« Dans la grande Lande, à Saint-Jean-de-Bouricos, il y a très longtemps, le vieux curé, le soir de Noël, revenait de voir un mourant. Il se hâtait. Tout était couvert de neige. Les pins se dressaient, noires sentinelles, en lisière de la lande. Il savait que les loups étaient descendus, car son fidèle sacristain, chasseur impénitent, lui avait dit :
« Vous ne risquez rien, Monsieur le curé, j’ai mis un piège avec un appât. »

Il avançait rapidement, lorsqu’il entendit de petits gémissements. Guidé par eux, il arriva en limite des broussailles et des pins. Il vit un grand loup gris pris au piège. C’était une louve immense, avec deux petits louveteaux à ses côtés qui gémissaient.
« Pauvre bête ! s’écria le prêtre, ne bouge pas ! » Et posant les saintes huiles sans aucune crainte, il ouvrit le piège et sortit la patte de la louve. Celle-ci n’avait pas bougé, le surveillant de ses yeux jaunes. Le curé regarda la patte abîmée, ajoutant : « Ne bouge pas, je reviens te soigner. »
Lorsqu’il revint, la bête était toujours là, léchant sa patte brisée. Consolidant cette dernière avec des planchettes et de la charpie, le brave homme finit son travail sans peur, la louve se leva alors difficilement sur trois pattes et lécha les mains qui l’avaient soignée.
« Ecoute, lui dit-il. C’est aujourd’hui Noël, c’est la grande fête de la Nativité. Tu vas me promettre, cette nuit-là, de ne toucher ni aux gens ni aux bêtes, tu entends… »
Et dans les yeux de la louve, il vit une lueur de reconnaissance.
A la messe de minuit, à mi-cérémonie, on entendit un long hurlement : les loups. Toute l’assemblée était terrorisée. « N’ayez pas peur ! dit le pasteur, et il marcha vers la porte de l’église qu’il ouvrit toute grande, une meute de loups était là avec la louve à sa tête. Le prêtre, nullement impressionné, la bénit.
« C’est Noël pour tout le monde, allez ! loups, et tenez votre promesse. »
Un long hurlement retentit et tous les loups disparurent, la louve en dernier, qui vint lécher la main du prêtre. Tous furent rassurés…
Depuis lors, le soir de Noël, les loups ne chassent pas. Même si tu entends dans la nuit ou pendant la messe des hurlements de loup, il ne faut pas avoir peur. C’est la trêve de Noël des loups de la lande. »

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Aujourd’hui les loups ont disparu dans les Landes, mais la petite église romane de Bouricos où se déroule cette histoire existe toujours. Située un peu en-dehors de la commune de Pontenx-les-Forges, elle se dresse au milieu d’un airial paisible dans lequel on trouve aussi quelques vieilles maisons qui accueillent les pèlerins de Saint-Jacques-de-Compostelle.

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Bouricos est très réputé pour la foire qui se tient depuis des siècles chaque année le 24 juin, à la Saint-Jean. Car en plus de la chapelle qui a inspiré ce joli conte, on trouve à Bouricos une fontaine dite miraculeuse, fréquentée depuis la nuit des temps pour ses vertus guérisseuses sur les problèmes de peaux, les rhumatismes et autres problèmes d’articulation. Cette fontaine de Saint-Jean-Baptiste est donc vénérée tous les 24 juin ; après la messe, les visiteurs vont en procession à la fontaine, l’eau et la foule y sont bénites, et chacun boit ou puise dans le puits de la fontaine. D’après la légende, Saint-Jean-Baptiste lui-même aurait fait halte en ce lieu lors d’un pèlerinage et aurait utilisé cette eau pour calmer ses membres endoloris par la marche.

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Cette source n’est qu’un exemple parmi d’autres, car il existe un très grand nombre de fontaines miraculeuses dans les Landes. On en trouve plus de 200, et si elles ne sont pas toutes aujourd’hui aussi fréquentées qu’autrefois, une trentaine d’entre elles sont encore vénérées par des cérémonies religieuses comme celle-ci. C’est là encore un vaste sujet, sur lequel nous reviendrons, car il est certain que l’on croisera de nouveau un certain nombre de ces sources guérisseuses au fil de nos recherches …

Une réflexion sur “La trêve de Noël des loups de la Lande

  1. Pingback: La légende de l’Étang Noir | Les Pins Parleurs

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