Félix Arnaudin, le guetteur mélancolique

L’article d’aujourd’hui ne sera pas dédié comme d’habitude à une légende landaise, mais à un homme, originaire des Hautes Landes, à qui l’histoire locale doit beaucoup : Félix Arnaudin.

Cet éternel amoureux de la lande, né à Labouheyre en 1844, consacra sa vie à immortaliser, par l’écrit et par l’image, la vie dans les Landes telle qu’elle était avant l’arrivée de la grande forêt de pins.
Lorsqu’il revient de ses années passées au collège de Mont-de-Marsan, il retrouve le paysage de son pays natal en plein bouleversement. Le décret de Napoléon III obligeant les communes à ensemencer les terrains communaux, ou à les céder à des particuliers, a été prononcé quelques années plus tôt, et la forêt commence doucement à remplacer le désert landais. Obsédé par les paysages de sa jeunesse, il refuse de tout son être cette arrivée brutale de la modernité dans la vie des landais, et sa vie entière sera bâtie sur son inadaptation à la vie moderne et aux changements.

L’étouffant rideau [de pins], partout étendu où régnait tant de sereine et radieuse carté, borne implacablement la vue, hébète la pensée, en abolit tout essor.
F. Arnaudin, Chants populaires de la Grand Lande, préface.

Ne trouvant aucun intérêt aux diverses possibilités professionnelles qui s’offrent à lui, il se lance dans le projet fou de se consacrer entièrement à perpétuer la mémoire de l’ancienne lande, sous tous ses aspects. Il entame alors une collecte de contes, de proverbes, et de chants populaires. En 1887, il publie une première collection de dix contes landais, en gascon local et en français, en espérant faire reconnaître sa compétence de folkloriste par ses pairs. Mais le choix des textes, jugé sans originalité, est contesté, et Arnaudin le vit comme un échec.
Ce ne sera finalement que bien des années après sa mort que la totalité de ses écrits et collectes seront publiées dans ses Oeuvres complètes en 9 volumes, délivrant ainsi le travail d’une vie, cet incroyable témoignage de la vie landaise du XIXème siècle et de son amour pour sa terre natale.

Le désert magnifique, enchantement des aïeux, déroulant sous le désert du ciel sa nudité des premiers âges, à l’étendue plane, sans limites, où l’oeil avait le perpétuel éblouissement du vide.
F. Arnaudin, Chants populaires de la Grande Lande, préface.

Mais c’est aussi à travers la photographie que la passion de Félix Arnaudin pour son pays s’est exprimée. Il s’y est lancé à corps perdu très rapidement, tâtonnant au début pour maîtriser les techniques qui, rappelons-le, à cette époque demandaient des connaissances solides en physique et en chimie. Il a donc passé la majeure partie de sa vie à immortaliser les Haute Landes, au travers de portraits, de photos de famille, de paysages, d’architecture, mais également de scènes de vie minutieusement imaginées et mises en scène grâce à la coopération de la population locale qui a accepté de se prêter au jeu. Avec une rigueur presque maniaque, et un grand souci de la perfection, il a ainsi réalisé une oeuvre photographique remarquable, dont quelques 3200 négatifs de verre sont aujourd’hui conservés au Musée d’Aquitaine de Bordeaux, et dont une sélection est en ce moment même présentée au Pavillon de Marquèze.

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Cette belle exposition revient sur l’histoire de Félix Arnaudin et sur son travail photographique, à travers les différentes thématiques auxquelles il a consacré une attention particulière. C’est un réel plaisir de (re)découvrir ces photographies, parfois en très grand format, qui nous en apprennent tant sur ce qu’était la vie autrefois dans ces landes que beaucoup considéraient hostiles, mais qui étaient adorées par ses habitants.

Jamais le pâtre landais ne l’a considérée comme une malédiction du ciel, loin de là ; il a pour son désert une passion profonde et n’est heureux que devant ses grands horizons.
F. Arnaudin, Correspondance.

Quelques citations de Félix Arnaudin, reproduites sur les murs auprès des photographies, nous entraînent un peu plus encore dans sa vision des Landes et de ses paysages soumis à une transformation brutale.
Je ne peux que vous conseiller de plonger avec lui dans la vie du XIXème siècle, en allant voir cette exposition par vous-même, à l’écomusée de Marquèze à Sabres, avant le 5 novembre prochain.

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Sans titre

Retrouvez toute les informations sur le site officiel du musée de Marquèze !

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